Institut du Genre

Groupement d’Intérêt Scientifique dédié aux recherches françaises sur le genre et les sexualités.

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« Les régulations du culte à l’épreuve du genre »

Appel à communication Journée d’études – 27 novembre 2015 Centre Émile Durkheim (Bordeaux)

mercredi 9 septembre 2015, par Equipe GIS IdG

« Les régulations du culte à l’épreuve du genre »

Journée d’étude soutenue par le GIS IdG

Argumentaire
La politisation récente des questions de genre par des groupes religieux a mis en lumière le rôle des institutions religieuses dans la production des identités sexuées (Rochefort&Sanna, 2013 ; Béraud&Portier, 2015). L’articulation entre la laïcité et le genre avait été étudiée sous l’angle des féminismes (Rochefort&Klejman, 1989 ; Gubin, 2004) ou des conflits autour de la loi de 1905 (Della Sudda, 2005). Plus récemment, les fondement théologiques et le cadrage séculier utilisé par les instances religieuses pour dénoncer la théorie du genre, puis le mariage civil des couples de même sexe ont fait l’objet d’investigations (Béraud, 2011 ; Carnac, 2012) ; tandis que les mobilisations de la « Manif pour tous », portées par des groupes d’inspiration religieuse - très majoritairement catholiques – ont suscité de nombreuses réflexions académiques (Favier, 2013 ; Rochefort, 2014 ; Béraud&Portier 2015a et b). Les colloques sur les « Autorités religieuses face au genre » (2014), « Habemus Gender » (2014), la section thématique du congrès de l’Association française de Science politique « Rispostes catholiques » (2015) et le RT 14 du congrès de l’Association française de sociologie (2015), offrent un aperçu des recherches en cours : l’évolution du cadrage religieux des questions de genre et de sexualités, l’ethnographie des mobilisations religieuses, la discussion autour de la question des féminismes religieux ont ainsi été évoqués. Toutefois, une dimension est demeurée peu interrogée en dehors des sciences juridiques (De Galembert, 2008 ; Hennette-Vauchez, 2014) : celle de la régulation des cultes et de ses dimensions genrées. Or, c’est bien cette dimension de la laïcité qui est mise en discussion de manière accrue depuis une vingtaine d’année.

Cette journée d’étude pose donc l’hypothèse que le genre, en tant que modalité de régulation des pratiques religieuses, est un élément qui, d’une part, structure la laïcité et qui, d’autre part, affecte - en même temps qu’il les produit- les dispositifs de régulation des cultes. Dans une perspective pluridisciplinaire, il s’agira ici de réfléchir la portée heuristique du genre dans une réflexion sur les politiques de régulation du culte, expression qui ici désigne la manière dont sont définies les normes et encadrées les pratiques religieuses par les institutions, et les possibles tensions qu’elles génèrent. La laïcité, entendue du point de vue de l’État comme un « répertoire d’action administratif » sera examinée sous un angle jusqu’ici négligé qu’est le genre.

Le principe de laïcité, tel qu’il se présente dans la loi de 1905 et ses modifications plus récentes, ne mentionne pas les catégories de sexe. Pour autant, nous formulons ici l’hypothèse que la traduction de la laïcité dans les pratiques de régulation des cultes n’est pas neutre du point de vue du genre à la fois dans le public qu’elle vise et dans les groupes qui seront aux prises dans le cadre de son application. On s’interrogera donc aussi sur l’institutionnalisation de l’informalité dans le cadre des régulations des cultes et de sa dimension genrée.

Du point de vue de l’implémentation de la loi, les garants de l’ordre religieux, les agents chargés d’appliquer les lois ou circulaires ont également des propriétés spécifiques. Dans quelle mesure le genre affecte les pratiques quotidiennes et extra-ordinaires – si l’on songe par exemple à l’exclusion d’une élève - de régulation des cultes ? Autrement dit, la question que soulève le projet, et à laquelle nous entendons réfléchir, est celle de la place du genre dans les pratiques concrètes de régulations.
Mais parce que les agents de l’État ne sont pas les seuls acteurs de la régulation des cultes, on s’intéressera à la manière dont les représentants des cultes participent à cette politique. À cet égard, le rôle des ministres du cultes (Jouanneau 2013 ; Béraud, 2006), celui des aumôniers dans les services publics (prisons, hôpitaux, établissement d’enseignement) mérite d’être interrogé.
Il s’agira enfin de restituer les logiques d’expression de l’appartenance religieuse en se penchant sur les populations ciblées par les régulations spécifiques du culte.

  • Cette journée d’étude a reçu le soutien du GIS Genre. Le comité scientifique chargé de l’évaluation des proposition est composé de C. Béraud, L. Bonelli, M. Della Sudda et S. Jouanneau. Les participantes et participants seront informés début octobre de la sélection.

Bibliographie indicative

  • Beaugé, Julien (2012). « Arborer le symbole de l’islamisme ? Retour sur la politisation du voile », in Laurent Le
  • Béraud C. (2011). « Quand les questions de genre travaillent le catholicisme », Etudes, 414, 2 :211-221.
  • Béraud C. et Portier P. (2015), « “Mariage pour tous”. The same-sex marriage controversy in France », in K. Dobbelaere and Alfonso Pérez-Agote (éd.), The Intimate. Polity and the Catholic Church, Leuven, KADOC Studies on Religion, Culture and Society, Leuven University Press : 55-92.
  • Béraud, C., Ph. Portier (2015). Métamorphoses catholiques. Acteurs, enjeux et mobilisations depuis le mariage pour tous, Paris : Ed. de la MSH, coll. « Interventions ».
  • Béraud C. (2014). « Un front commun des religions contre le mariage pour tous ? », Contemporary French Civilization, vol. 39, no. 3 (dossier « Au-delà du mariage » coordonné par E. Fassin et D. Borrillo) : 335-349.
  • Béraud C., Galembert C. de, Rostaing C. (2013). « Des hommes et des dieux en prison », Rapport de recherche remis à la DAP-Ministère de la Justice et au GIP Mission « Droit et Justice ».
  • Bonelli, L. (2005). « Insécurité(s), marginalité sociale et exclusion politique des quartiers populaires français : quelles origines et quelles alternatives ? », Tendances de la cohésion sociale, n° 11, janvier 2005 : 69-92.
  • Bonelli, L. (2010). La France a peur. Une histoire sociale de « l’insécurité », Paris, La Découverte.
  • Carnac, Romain (2012). « Les oppositions religieuses au concept de genre et à ses usages : une tentative de comparaison catholicisme / islam », Working paper, Ecole française de Rome, atelier « Genre et religion ».
  • De Galembert, C. (2008), (dir.) « Le voile en procès », Droit et société 2008/1 (n° 68).
  • De Gasquet, B. (2011). Genre, rituel et politiques de l’identité juive. Dispositifs de socialisation dans les synagogues non orthodoxes en France, thèse de doctorat de sociologie.
  • Della Sudda, M. (2015). « "L’irruption des catholiques dans l’espace public, retour de manivelle ou effet d’optique », table ronde « Genre, morale, religion & politique en Europe et aux Etats-Unis », 6ème Congrès des associations francophones de science politique, Lausanne.
  • Della Sudda, M. (2005). « Les Femmes catholiques à l’épreuve de la laïcité : La Ligue patriotique des Françaises ou la première mobilisation féminine de masse (1902-1914) », in Patrick Weil (dir.), Politiques de la laïcité au XXe siècle, Paris, PUF : 123-143.
  • Cardi, C., & Pruvost, G. (2012). Penser la violence des femmes. Paris : la Découverte.
  • Favier, Anthony (2014). http://www.penser-le-genre-catholique.fr/2014/02/genre-catho-une-dynamique-d-ouverture-au-prix-d-un-glissement-lexical.html
  • Gubin, E., Jacques, C., Rochefort, F., Studer, B., Thébaud, F., and Zancarini-Fournel, M. (2004). Le Siècle des féminismes. Ed. de l’Atelier, Paris.
  • Hennette-Vauchez, S., & Valentin, V. (2014). L’affaire Baby Loup ou La nouvelle laïcité. Issy-les-Moulineaux : LGDJ, Lextenso éd.
  • Institut de la décentralisation (2006). Religions & territoires : Quelle gestion locale des cultes ? Paris : Pouvoirs locaux.
  • Jouanneau S. (2013). Les Imams en France. Sociologie d’une autorité religieuse sous contrôle, Editions Agone.
  • Klejman, L., Rochefort, F., & Fondation nationale des sciences politiques. (1989). L’égalité en marche : Le féminisme sous la Troisième Républiique. Paris : Presses de la Fondation nationale des sciences politiques
    Page, S.-J. (2012). « Femmes, mères et prêtres dans l’Église d’Angleterre. Quels sacerdoces ! », Travail, genre et sociétés 1, n° 27 : 55-71.
  • Portier, Ph. (1994). Eglise et politique en France au XXe siècle, Paris, Montchrestien.
  • Pruvost, G. (2008). De la "sergote" à la femme flic : Une autre histoire de l’institution policière, 1935-2005. Paris : Éd. la Découverte.
  • Rochefort, F. (2014). « « Mariage pour tous » : genre, religions et sécularisation », in L. Laufer et F. Rochefort, Qu’est-ce que le genre ? ; Paris, Petite Bibliothèque Payot : 213-230.
  • Rochefort, F., Sanna, M. E. (2013). Normes religieuses et genre : Mutations, résistances et reconfigurations, XIXe-XXIe siècle. Paris : A. Colin.
  • Scott, J.W. (1986). Gender : A useful category of historical analysis. American Historical Review, 91 : 1053–1075.

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