Institut du Genre

Groupement d’Intérêt Scientifique dédié aux recherches françaises sur le genre et les sexualités.

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Jouer avec le genre dans les arts de la parole

Appel à contributions

mardi 17 novembre 2015, par Equipe GIS IdG

Appel à contribution
Cahiers de littérature orale, parution 2017

« Jouer avec le genre dans les arts de la parole »

sous la direction de Sandra Boehringer, Sandra Bornand et Alice Degorce
Dès ses débuts, l’anthropologie s’est intéressée, sans le formuler explicitement,
aux relations sociales entre les sexes (Mead 1963 [1935], en particulier). En
continuité épistémologique, les études sur les arts de la parole ont, depuis une
vingtaine d’années, intégré ce questionnement à leur champ : en 1993, le numéro
des Cahiers de Littérature Orale, dirigé par Geneviève Calame-Griaule et intitulé « Le
pouvoir de la femme », analysait les rapports de sexe, sous l’angle de la domination,
dans les performances orales (qu’elles soient produites par des hommes ou par des
femmes). De ces différentes études se dégageait avant tout l’image d’une figure
féminine ambivalente : dévalorisée dans les discours masculins, objet de crainte en
raison d’un pouvoir irrationnel et magique (Calame-Griaule (dir.) 1993). Dans les
mêmes années, deux autres problématiques apparaissaient dans les recherches en
littérature orale : les représentations du féminin (analysées par Messaoudi 1999 par
exemple) et l’identité des performers, selon les registres de parole ou des répertoires
(étudiés par Baumgardt 2000 et Fernandez 1998 notamment).
Pourtant, alors que Gregory Bateson travaillait, dès les années 1920, sur les
rituels de travestissement (dans le contexte du Naven) et que de nombreux
anthropologues intégraient, dans leurs travaux, ces nouvelles approches du rituel,
l’étude des pratiques d’hybridations, de jeux et de transformations des rôles
masculins et féminins reste, aujourd’hui encore, marginale dans les recherches en
littérature orale. Il s’agit donc, dans ce numéro intitulé « Jouer avec le genre dans les
arts de la parole », de réunir des travaux recourant à l’outil contemporain du genre
pour mettre en évidence les multiples façons qu’ont des groupes sociaux, dans leurs
performances orales, de jouer avec les normes de genre. Sont entendus, ici, par arts
de la parole autant les genres désormais considérés comme « classiques » en
littérature orale – chants, contes, poésies, épopées, par exemple – que d’autres
esthétiques langagières moins étudiées, tels l’art oratoire et les chansons populaires
et urbaines (voir la variété des pratiques discursives étudiées dans Calame et alii,
2010).
Le genre, selon la méthode formulée dans le champ historique par Joan Scott
dans les années 1980 (Scott 1988) et développée dans diverses disciplines par de
nombreux chercheurs (Ortner et Whitehead 1981, Mathieu 1985, Butler 2006,
Thébaud 2007, Théry 2007), permet à la fois d’historiciser les catégories, de
dénaturaliser les identités et de percevoir les différentes manières dont les sociétés
construisent non seulement les différenciations femmes/hommes mais aussi les
hiérarchies (Rubin 2010 [1975-1984]). Les performances orales que ce numéro se propose d’étudier peuvent constituer un acte d’énonciation – et d’affirmation – des
normes traditionnelles mais elles peuvent également créer le lieu et l’occasion de
transgresser de ces mêmes normes : dans ce cas, elles deviennent un acte
performatif de construction des corps et de nouvelles identités. Deborah James, par
exemple, a étudié la façon dont des femmes sud-africaines se sont approprié un
répertoire oral traditionnellement réservé aux hommes, tout en redéfinissant les rôles
sociaux masculins et féminins en migration (James, 1999). C’est donc également
une capacité d’agir des performers que produisent ces jeux sur le genre (Mahmood
2009), qu’il sera utile d’étudier dans différents contextes culturels.
Par le biais du jeu, de l’hybridation ou du métissage, certaines performances
verbales déplacent les lignes de partage traditionnelles entre masculin et féminin, et
brouillent les frontières du genre – entendu au deux sens du terme (genre formel et
gender). Dans un contexte contemporain, où les normes de genre font de plus en
plus souvent l’objet de revendications et alimentent les débats publics, il sera
opportun d’analyser les usages de ces performances orales : comment portent-elles
des discours nouveaux ? Quels sont les processus de leur diffusion ?
Les contributeurs-trices sont invité-e-s à soumettre des propositions explorant
des événements sociaux ou des arts de la parole qui mettent en scène ces
brouillages : rites de passage ou d’inversion, carnavals, manifestations d’affirmation
d’identités multiples (la marche des fiertés LGBTQI, par exemple). Ces
manifestations produisent-elles une émergence de mouvements nouveaux, ou ontelles
pour effet de réaffirmer des normes conventionnelles ? Quelles formes prennent
les réactions verbales et émotionnelles des acteurs de ces performances ?
Les propositions d’articles devront être basées sur des exemples empiriques
d’arts de la parole et de performances. Elles pourront concerner toutes les aires
culturelles, sans limitations géographique ou historique, de l’Antiquité à nos jours.

Calendrier et procédure

  • Les intentions de contributions (titre et résumé ne dépassant pas 1000 signes) doivent être adressées à Sandra Boehringer (s.boehringer@unistra.fr), Sandra Bornand (s.bornand@bluewin.ch) and Alice Degorce (alice.degorce@ird.fr) le 31 janvier 2016 au plus tard.
  • Les articles sélectionnés devront être remis le 31 octobre 2016.
  • Les articles doivent être écrits en français ou en anglais ; le titre, le résumé et les mots clés sont à donner dans les deux langues.
  • La note aux auteurs est disponible sur le site de la revue.